« Vivre, c’est espérer », a-t-on coutume de le dire. En d’autres termes, l’espoir nous fait vivre. La jeunesse porte en elle l’espoir de la vie. Demain appartient aux jeunes, nous disent les « personnes âgées ». Elles nous disent aussi très souvent que nous sommes le fer de lance de la société. Quand on perd l’espoir, on cesse de vivre. On ne meurt pas, mais je voudrais dire que le bonheur et la joie nous quittent. La jeunesse tchadienne n’a-t-elle pas perdu l’espoir ?

Le Tchad est un pays pétrolier qui a encore du mal à satisfaire la jeunesse. Les jeunes Tchadiens pleurent. L’avenir semble ne rien leur promettre de radieux. Demain est obscur pour la plupart de ces jeunes que je rencontre tous les jours. Nos causeries tournent autour de la galère qu’ils vivent au quotidien.

Le Tchad ne compte pas encore beaucoup de diplômés, et le taux de chômage est inquiétant. Il n’est pas aisé d’obtenir des statistiques fiables, mais selon ce que j’observe, je peux faire ce triste constat. Il n’y a pas une réelle politique d’embauche. Le lundi 4 mai 2015, un jeune homme postait sur le réseau social Facebook cette phrase : « Je voudrais m’adhérer au MPS (Parti du président au pouvoir) pour avoir du travail à la fonction publique. ». Cela démontre à suffisance la difficulté à obtenir du boulot en toute justice. Il n’est pas surprenant d’écouter des intellectuels, membres du parti au pouvoir, recommander fortement au chef de l’Etat l’intégration à la fonction publique et la promotion aux postes de responsabilités des jeunes membres de ce parti politique.

Les jeunes ruraux se déversent en ville par milliers. Ils choisissent pour la plupart le travail domestique ou les travaux dans les chantiers de construction. Mal rémunérés, ils se livrent au banditisme, à la drogue, etc. Les campagnes devraient être développées pour une promotion locale de l’emploi. Il n’y a pas assez d’industries dans le pays pour absorber le grand nombre des chômeurs.

L’armée reste le secteur qui emploie le plus. Ils sont nombreux, ces jeunes à vouloir s’enrôler dans l’armée pour espérer gagner leur pain. Mais là aussi, il est impossible d’absorber tous les chômeurs.

La jeunesse tchadienne est battante. Elle ne semble pas croiser les bras. Mais tous les circuits de l’entrepreneuriat sont verrouillés par les grands hommes d’affaires qui monopolisent les petites activités. Les jeunes marchands ambulants sont chassés à longueur de journée par la police municipale qui les empêche de bien exercer leur job. Les jeunes femmes vendeuses de produits maraîchers vivent la même situation. Les jeunes diplômés devenus des moto-taximen pour leur survie sont harcelés par la police.

J’appelle les autorités à agir dans la justice, pour promouvoir l’emploi des jeunes. Ils sont l’avenir de ce pays, de ce continent et de ce monde. Tant qu’on aura une jeunesse affamée, sans emploi, abandonnée à elle-même, le monde ne sera jamais en paix.

Écoutons le cri de la jeunesse tchadienne qui traduit le cri de la jeunesse africaine et du monde.

Le gouvernement du Tchad s’est engagé depuis 2008 dans des grands chantiers visant à transformer l’image du pays. Il faut rappeler qu’avant 2008, le pays était préoccupé à résoudre les conflits internes. De nos jours, on peut observer un changement partout dans la capitale et à l’intérieur du pays même s’il n’y a aucune transparence et moins d’impact réel sur les populations.  Toute pose de pierre est suivie d’un discours politique. A chaque ouvrage construit, on cite le nom du président de la République pour lui dire grandement merci. L’image du président de la République et de la Première Dame est affichée partout en ville ou en campagne sur les pancartes des réalisations et projets en cours. On veut toujours montrer à la face du monde qu’on a réalisé telle chose. Je voudrais mener ici une petite réflexion sur ce que j’appelle la « publicité du développement »

Quand on revient de très loin, quand on court pour rattraper les autres (les pays développés ou émergents), il ne faut pas faire trop de discours pour montrer à la face du monde qu’on existe. Les projets de l’État doivent être ceux du peuple. Et si c’est le cas, la communication du gouvernement sur les réalisations doit respecter la conscience du peuple.

Ce que je constate aujourd’hui dans la capitale et dans les campagnes, c’est qu’il existe trop des pancartes des projets. La visibilité joue un rôle publicitaire. Sur les panneaux, apparaissent les noms des différents bailleurs quand il s’agit d’un projet financé par les Organisations Non Gouvernementales (ONG). Le gouvernement fait pareil. Cela peut s’avérer positif quand on justifie la source du financement et le budget de l’ouvrage à réaliser. C’est dans cette mesure un outil de transparence. Le côté qui me fâche, c’est qu’il y a un abus de publicité des promoteurs des projets. A voir de loin, on croirait que la misère a fui ces milieux. Sur ces panneaux, il  est inscrit des grands projets. Ils sont pour certains fictifs car la réalisation n’a jamais vu le jour alors que la date de fin d’exécution est dépassée de loin.

L’État paye souvent cher pour faire passer sur les chaînes internationales des pages publicitaires sur les réalisations dans le pays. Je me demande à quelles fins toute cette publicité dont le coût peut procurer de l’eau potable aux nombreux paysans qui en manquent. On voit partout sur les réalisations et maquettes des projets une grande image du président de la république. Finalement à qui appartient l’argent de l’État ? Au président ou à la Nation ?

Les membres du gouvernement font comme des griots. Pour un petit ouvrage à réaliser dans un village par exemple, on chantera le nom du chef de l’État. Déby offre tout mais la question que je me pose, est de savoir si c’est  un homme d’affaires qui a ses propres richesses. Certainement non. C’est une confusion totale entre ressources de l’État et biens privés. Le peuple a besoin de l’eau, de la nourriture. Il est du devoir de l’État d’assurer le bien-être de sa population. Remercier un président parce qu’il a construit un château avec l’argent du pétrole est injuste. C’est à mon avis un acte dictatorial. Cela démontre à suffisance l’inégale répartition des projets sur l’étendue du territoire.

Je conclus cette petite réflexion en disant que le peuple doit bien vivre. Les autorités feraient mieux de laisser le peuple les juger et apprécier le changement. Quand tout va bien on n’a pas besoin de le montrer par des images, des communications publicitaires. Le peuple veut le changement, peu importe sa provenance. La publicité de l’État autour du développement est une faiblesse démocratique. L’État doit réaliser tout projet au nom du peuple et non au nom d’un seul homme. “La publicité du développement tue le développement”

Crédit Photo: EMMANUEL Djounoumbi

Crédit Photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

J’étais très surpris à mon arrivée à Ngouri. Le vélo faisait son entrée comme nouveauté dans ce désert proche du lac Tchad. Faire du vélo sur cette vaste étendue sablonneuse en plein Sahel relève du miracle à vue d’œil, pour un nouvel arrivant dans la localité. Entre le sable mouvant et la tempête du vent, entre les ânes et les dromadaires qui occupent toutes les rues, ces jeunes passionnés de vélo ne ratent aucun instant pour se retrouver et vivre leur passion : le vélo. Je vous présente ici le vélo dans le désert de Ngouri sous deux angles principaux : d’abord comme principal loisir des jeunes garçons puis comme activité génératrice des revenus .

Le vélo à Ngouri: passe-temps favori des jeunes

Zone difficile à pratiquer pour les engins à deux roues et autres voitures inadaptées, Ngouri voit paradoxalement le nombre de vélos augmenter dans le centre urbain et dans les villages environnants. C’est une nouveauté et même une mode. Faire du vélo est pour les jeunes garçons (de 9 à 15 ans) un moment de joie.

A tour de rôle, entourant et escortant celui qui est assis sur le vélo, ils expriment leur passion et me font retrouver la joie de vivre et mon enfance. On peut lire sur le visage de ces garçons un bonheur immense. Dans cette zone où les loisirs manquent, faire des tours à vélo est le passe-temps favori. En les regardant, je me sens plongé dans une vaste confusion. Loin des tours habituels à vélo présentés par les médias (Tour du Faso, Tour de France), ces gamins n’ont qu’un seul but, retrouver leur passion et partager leur bonheur autour du vélo.

Crédit photo: EMMANUEL Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

Après les classes, je constate que les jeunes garçons et jeunes filles partent à l’école coranique. Ils rentrent le soir et s’adonnent à certaines activités domestiques. C’est la routine, une vie sans distraction. L’éducation sportive à l’école est négligée. Le seul moyen qui les distrait aujourd’hui c’est le vélo. J’arrivais souvent à me poser la question de savoir quel était le loisir favori des jeunes de Ngouri  avant la pénétration du vélo. Parce que tout ce qui distrait, fait sourire, fait bouger les jeunes garçons du désert de Ngouri  aujourd’hui, c’est le vélo.
Voir les gamins faire des parades à vélo me distrait. Le terrain de football de Ngouri est devenu un terrain de vélo. Il est fréquent de voir les enfants faire des courses à vélo au lieu d’assister à un match de football.

Crédit photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

Le vélo à Ngouri c’est aussi un gagne-pain

La plupart des personnes qui gèrent le service de location des vélos sont des gamins. C’est de l’ « entrepreneuriat infantile » en milieu rural et désertique. Un exemple que suivraient d’autres enfants désœuvrés de l’espace francophone.

La situation scolaire de ces jeunes businessmen est alarmante. Nous sommes dans une zone qui enregistre un faible taux de scolarisation. Ils ont choisi le commerce parce qu’ils ne pouvaient pas aller à l’école à cause de la situation matérielle et financière des parents.

J’ai rencontré, ce mardi 17 février 2015, le jeune Mbodou (12 ans), locateur des vélos au grand stade de Ngouri. C’est le jour du marché hebdomadaire. Mon entretien avec lui m’a permis de savoir suffisamment sur les revenus des locateurs de vélo. Le prix varie selon la distance parcourue me dit-il: « On loue le petit vélo à 25 francs CFA et le grand vélo à 50 francs CFA le tour du stade ». J’ai poussé un peu plus loin pour savoir ce qu’il pouvait gagner par jour. Il me répondit tout souriant: « Aujourd’hui, c’est le jour du marché et beaucoup de jeunes d’autres villages sont présents. Je réalise 2000 FCFA de bénéfice, généralement en ce jour. Mais les jours ordinaires je gagne 250 francs CFA. »

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

La plupart des garçons qui s’adonnent à ce loisir sont apprentis. Pour parvenir à la maîtrise du guidon, ils sont prêts à dépenser les revenus tirés des travaux physiques.

Crédit photo: EMMANUEL Djounoumbi

Crédit photo: Emmaniel DJOUNOUMBI

Je vois en cette activité un business qui se développe silencieusement. Les propriétaires des vélos à louer  gagnent paisiblement leur pain quotidien. Il suffit d’acheter un vélo, l’entreprise est déjà créée. Généralement, l’entretien n’est pas coûteux.

Vive le vélo sur le désert de Ngouri! Vive la vélophonie!

Faire de Ndjamena la vitrine de l’Afrique centrale est l’ambition du gouvernement qui investit dans les infrastructures depuis quelques années déjà. Ces investissements n’ont pas vraiment transformé l’image de la capitale en comparaison à d’autres capitales des pays africains. Seul le cœur de la capitale a subi quelques changements significatifs. Ce qui fait dire aux étrangers de passage, que le Tchad bouge vraiment. Je voudrais vous présenter ici l’mage de cette capitale qui ne se transforme pas aussi comme on l’entend. C’est une image cachée, celle que les médias ne montrent pas. Tout juste derrière ou à côté des grands chantiers, on peut observer une insalubrité et une misère caractérisée par des habitats précaires. Au moment où le pays se grouille pour accueillir le sommet de l’Union Africaine (UA) en 2015, beaucoup reste à faire.

J’ai choisi de faire un zoom sur le neuvième arrondissement. Situé à moins de cinq kilomètres du centre-ville et séparé du palais présidentiel et de la future cité de l’Union Africaine en chantier par le fleuve Chari. Il est aussi frontalier de la ville camerounaise Kousseri.

Un habitat précaire

La plupart des maisons sont construites en potopoto (terre battue). On peut se croire dans un village. Il n’existe pas de réseau de distribution d’eau potable. Les populations se débrouillent avec leurs propres moyens pour faire des forages. L’électrification entamée grâce à un projet financé par la CEMAC ( Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) , n’a pas couvert tous les ménages. Le peu de maisons branchées, ne jouissent pas de ce courant. Tous les jours, il y a délestage. Les caractéristiques de cet arrondissement sont celles des autres arrondissements. Nous ne sommes pas en banlieue ni dans un bidonville. Si c’est le cas, on dira que Ndjamena est un bidonville. Le problème de l’habitat se pose partout. En plein cœur de la capitale, on rencontre ces maisons en potopoto partout. L’Etat a imposé aux habitations proches des voies bitumées de construire en dur. Les populations frappées par la misère font tout de même l’effort de construire un mur en dur, ce qui cache ces maisons anciennes et en terres battues. Au lieu de subventionner les matériaux de construction, le gouvernement fait sa dictature sur le bas peuple dépourvu des moyens. Aucune politique fiable des logements sociaux. Tous les projets initiés dans ce sens échouent. Les modèles des maisons construites sont inadéquates. Elles ne répondent pas aux réalités tchadiennes. C’est du copier-coller sur l’occident. Les rues sont mal tracées. Ici, les rues finissent parfois dans des concessions. Le cadastre ne fait pas son boulot dans le respect des règles d’art, la corruption gangrène ce secteur. Il suffit d’avoir des moyens pour dévier la route. L’Etat ne contrôle pas ses terres. Pour acheter un terrain, il suffit de voir les chefs traditionnels qui sont ici les maîtres de la terre. Comment dans un pays, pire encore une capitale, l’Etat n’a pas l’emprise sur le foncier? Un seul individu peut avoir plus de dix terrains pour celui qui n’a pas assez des moyens et au delà pour les nantis. Multiplier les terrains et ne pas bien les construire, c’est l’image de cette capitale qui dispose des terrains vierges un peu partout encore. Mais le grand défi à relever ne serait il pas celui des inondations?

Problèmes d’inondation

 

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Nous sommes en octobre, mois d’inondation ici. Les populations vivent la peur au ventre. Les inondations sont dues par l’augmentation du niveau des eaux des fleuves Logone et Chari qui prennent leurs sources au Cameroun et en RCA. Les eaux des pluies ne sont pas souvent à l’origine de ce phénomène. Toutefois, certains quartiers sont exposés aux intempéries des pluies qui inondent les rues et font souvent tomber les maisons. Il n’y a pas un système de canalisation des eaux dans ces quartiers. Les caniveaux construits ne permettent pas d’évacuer efficacement les eaux.

Tout débordement des eaux pourrait causer le départ des populations du neuvième arrondissement. En effet, victime plusieurs fois du phénomène d’inondation, l’arrondissement a bénéficié de la construction d’une digue. Un chantier qui fait controverse car la somme engloutie fait peur. D’après plusieurs rumeurs (au Tchad, les rumeurs se confirment toujours ), il a coûté 4 milliards de FCFA. Une somme jetée par la fenêtre au vu des réalisations.

Défécation à l’ère libre et de manière sauvage

A Ndjamena de manière générale, il n’est pas rare de voir les individus déféquer partout. Les urines, n’en parlons même pas. Là où il est inscrit: « Il est strictement interdit d’uriner », on constate que sans peur, tout le monde se dirige pour uriner. C’est plutôt une invitation à venir uriner. Dans mon arrondissement, la plupart des maisons ne disposent pas des latrines. Les gens font les selles n’importe où et souvent proche des habitations. En pleine journée, sans honte, les hommes et femmes de tout âge se disputent ces espaces ouverts. Au vu et au su des autorités et souvent proche des administrations publiques, on continue à déféquer n’importe où. Notre environnement est donc pollué et nous ne sommes pas soucieux de notre santé.

Manque de politique de gestion des ordures ménagères et des eaux usées

Assainir son arrondissement devrait être la mission assignée à chaque maire de la commune d’arrondissement. Malheureusement, nous constatons que les préoccupations de nos élus locaux sont ailleurs. Nos rues sont l’émanation même de la salubrité. Les ordures ménagères sont déversées partout. On ne se souci guère de la protection de notre environnement. Un petit tour dans nos rues et vous verrez de vos propres yeux! Les eaux usées sont versées sur la rue et n’importe comment. La rue ici c’est un dépotoir. Les eaux des toilettes, les urines et tout liquide traîne sur nos chaussées. Ce qui est inquiétant, les enfants passent tout leur temps à jouer dans ces saletés sous le regard silencieux de leurs parents. Le phénomène est normal. La saleté ne tue pas un africain nous dira t-on. Pourtant, le paludisme dû à ce problème d’assainissement reste la première cause de mortalité au Tchad.

Divagation des animaux domestiques

Les chiens, chèvres, moutons, cochons, divaguent partout dans mon arrondissement. Cela confirme que ce dernier est encore en retard. Les fonctionnaires sont souvent obligés de faire le petit élevage pour satisfaire leur consommation en viande. L’élevage en ville devrait être réglementé. Au Tchad c’est la société qui réglemente tout à sa guise. Aucun texte ne s’applique. La divagation des animaux domestiques au-delà de l’image négative de notre ville qu’elle montre, pose certains problèmes d’accidents et des maladies. Tant qu’on ne fait rien pour lutter contre ce fléau, notre capitale se présentera aux yeux de nos visiteurs comme un gros village.

Des quartiers homogènes

Les gens vivent ici par communauté. Dans un quartier donné, on trouve uniquement ou majoritairement les ressortissants d’un même village. Des gens qui parlent le même patois. La ville ici, ressemble à un village. Les mêmes mentalités se reproduisent et par là le brassage culturel est inexistant. On se méfie de l’autre. Ndjamena est une ville scindée en quartiers ou arrondissements homogènes. Il existe le quartier des musulmans du nord et les quartiers des sudistes majoritairement chrétiens. Je me demande alors comment peut-on prôner durablement la paix quand on vit en méfiance ? La capitale est l’endroit où tout le monde devrait se confondre. On devrait affirmer une seule identité culturelle dans notre diversité qui est une grande richesse à exploiter.

N’Djaména  n’est pas encore la vitrine de l’Afrique centrale. Il n’est pas aussi impossible qu’elle le devienne. Mais pour que ce rêve devienne réalité un jour, beaucoup des investissements restent à faire. Il faudra encore beaucoup investir dans les infrastructures (bâtiments, routes, etc.) et dans la formation et l’éducation des citoyens. Sans cela, l’émergence en 2025 est une utopie.

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

 

Pays pétrolier, le Tchad ne jouit pas parfaitement de ce rang. Exploité depuis 2003, le brut tchadien malgré les revenus énormes n’a profité à la population que sur certains secteurs négligeables. La construction de la première raffinerie en 2011 a été vécue par la population comme un signe de décollage pour le pays. Seulement après trois ans de fonctionnement, voilà le dysfonctionnement. Une simple rumeur crée la pénurie d’essence dans la capitale. Une pénurie artificielle selon l’expression des autorités de Ndjaména. Les commerçants sont devenus rois en quelques jours.

Une rumeur qui a fait tout chamboulé

Tout part d’après le gouvernement, d’une rumeur selon laquelle, la raffinerie serait fermée pour une période de 45 jours afin de réviser les installations. Les commerçants tchadiens, habitués aux gains faciles ont profité de cette fausse alerte pour stocker l’essence chez eux. Pourtant, la raffinerie n’est pas encore fermée et dans le cas où elle fermerait, les dispositions seraient prises pour ravitailler les stations-service. Pourquoi cette fuite d’information sur l’éventuelle fermeture de la raffinerie? Que vivra la population, au cas où la raffinerie fermerait ?

Au Tchad, l’Etat se confond aux commerçants. Je veux parler ici de ces hommes politiques et des fonctionnaires qui font le commerce. En effet, les agents de la fonction publique tchadienne, pour ceux qui sont bien placés, multiplient les opportunités d’affaires dans tous les secteurs d’activités. On rencontre dans ce pays des ministres commerçants, des hauts gradés de l’armée commerçants, des enseignants commerçants, etc. Dans ce cas, toute décision prise contre les commerçants ne pourrait aboutir. Créer la spéculation avantage tout ce beau monde. Les complices des commerçants sont au sein du gouvernement. Sans cela, il n’y aurait pas fuite d’information sur l’éventuelle fermeture de la raffinerie.

L’essence « made in Chad » n’est pas trop appréciée par les consommateurs qui disent souvent qu’elle est trop faible. Ce constat est fait par comparaison à l’essence du Nigeria et du Cameroun. Le trafic de l’essence en provenance des pays voisins a été interdit pour faire face à la concurrence. Tout le monde est donc condamné à s’approvisionner en essence locale. Au départ, les produits pétroliers issus de la raffinerie se faisaient rares sur le marché. Le gouvernement a tout de même fait l’effort de les rendre disponibles.

Des stations qui ne respectent même pas les normes, un danger pour la population

Les stations se sont multipliées dans un désordre total. Sauf quelques grandes entreprises construisent les stations en respectant les normes. Dans un pays où il fait trop chaud, où l’on fume partout, on ne pèse pas encore les risques. Les stations-service sont voisines les unes des autres. Aucune disposition de sécurité pour la plupart d’entre elles. C’est ridicule dans ce pays où l’on fait tout à main levée. La guerre nous a t-elle traumatisée?

Attaquons à présent cette crise qu’on vit actuellement à Ndjamena. Pas d’essence et la plupart des stations restent fermées. Du coup, les prix ont grimpé et avec tous les services liés à cette source d’énergie. Pour avoir l’essence à un prix abordable, il faut quitter chez soi très tôt le matin pour faire la queue dans les stations-services. Fixé habituellement à moins de 500 FCFA le litre dans les stations et à 500 FCFA aux quartiers, il faut désormais débourser le double voire le triple pour seulement payer un litre. Toutefois, le prix à la pompe reste intact mais l’embouteillage ne permet pas à tout le monde de s’y approvisionner.

Dans la soirée du 04 octobre, j’ai fait un petit tour en ville pour vivre la réalité. J’ai payé un litre d’essence à 1250 FCFA. C’est presque le triple du prix habituel. Chacun fixe son prix. Dans tout cela, il faut être chanceux pour acheter un litre. On s’arrache les bouteilles et se sert soi même. Les commerçants sont rois en cette période.

Tous les services liés à l’essence ont doublé de prix. Au Tchad où on fait face à un réel problème d’électricité, les charges des appareils portables se font dans des kiosques appelés « Cabine téléphonique ». Avant la crise un téléphone se chargeait à 100 FCFA mais aujourd’hui il faut débourser 200 FCFA.

Le pétrole tchadien ne profite pas à la population mais à une classe de privilégiés du pouvoir

Nous vivons le calvaire dans ce pays. Nous sommes déjà en droit de se poser la question de savoir à qui profite réellement ce pétrole? Nous sommes un pays pétrolier mais ce que nous vivons, c’est la honte. Avant la construction de la raffinerie, nous n’avons jamais vécu cette situation. L’essence coûtait aussi moins cher. La raffinerie n’a rien apporté de neuf. D’ailleurs cette usine ne produit pas ce que beaucoup de ménages attendent: le pétrole lampant.

Où est l’Etat dans tout cela ?

Ici l’Etat est trop faible. Les commerçants ont toujours défié les décisions du gouvernement. Les décisions prises sont des flatteries visant à prouver au bas peuple qu’on fait des efforts pour atténuer la crise. Le gouvernement a décidé de confier la livraison des produits pétroliers à la Société d’Hydrocarbures du Tchad qui à son tour les livrent aux entreprises éligibles. La vente de l’essence en détails dans les rues est désormais interdite. Les citernes sont convoyées par les militaires pour éviter tout détournement. Une page publicitaire dénommée « La minute de la SHT» fait désormais le tour des radios de la place et un numéro est mis à la disposition des consommateurs. Toutes ces mesures drastiques pourront être évaluées dans les jours qui suivent. En attendant la crise poursuit son chemin dans le pays et la capitale économique est désormais touchée.

Dans ces conditions, comment être un pays émergent en 2025 ?

 

Photo blogging via pixabay.com

Photo blogging via pixabay.com

Au moment où j’écris cet article, je suis rempli de joie. Heureux d’intégrer la communauté dynamique des blogueurs du monde francophone. Je voudrais dire tout simplement merci à l’équipe de cette importante communauté ainsi qu’à ses membres qui ont motivé ma candidature, ensuite la sélection lors du concours de la quatrième saison.

Le métier de blogueur au Tchad n’est pas assez connu du public. Exercer ce boulot nécessite aussi un sacrifice important. A travers cet article qui est le premier posté sur mon blog, j’aimerais donc exposer les multiples problèmes auxquels font face les blogueurs au Tchad. C’est aussi le défi qui m’attend en tant que nouveau blogueur tchadien.

Nous sommes au Tchad, un pays pétrolier mais où les populations vivent toujours le calvaire, la misère au quotidien. L’utilisation de l’Internet reste un luxe pour bon nombre des tchadiens. Ceci, pas à cause de l’analphabétisme quand nous savons qu’en Afrique et partout dans le monde, même les populations paysannes, analphabètes se servent avec aisance de ces outils de nouvelles technologies.

La première difficulté pour le blogueur tchadien est liée au problème énergétique. Le problème  d’accès à l’électricité reste un fait réel au Tchad qui prône son émergence à l’horizon 2025. Avoir de l’électricité chez soi est une bénédiction. Cette denrée rare dans mon pays ne favorise pas l’essor d’une communauté dynamique de blogueurs. A cause du manque d’électricité, on ne peut produire régulièrement des articles.

Mon exemple : je parcours chaque jour plus de dix kilomètres pour venir à la bibliothèque ou à la faculté de médecine pour tout juste avoir accès à l’électricité. J’habite pourtant un quartier électrifié mais où on ne peut voir la lumière que tard dans la nuit. Je charge donc mon ordinateur portable tout en travaillant et le soir j’épuise cette petite autonomie qui ne me permet pas de travailler comme je le souhaite. Dans ces conditions, comment être productif sans faire des sacrifices énormes ?

La deuxième difficulté est celle d’accès à internet. Déjà même que l’électricité pose problème, faut-il encore parler de la connexion internet ?  Les cybers-café sont comptés aux bouts de doigts. On peut parcourir tout un quartier sans voir des points d’accès à internet. Je vis au neuvième arrondissement de la capitale, mais un seul cybercafé créé à l’heure actuelle. Je traverse souvent mon arrondissement, pour venir surfer dans un arrondissement voisin. Comment peut-on réussir à bloguer dans ces conditions ? C’est la galère totale.

La troisième difficulté est relative à l’audience. Nul ne peut bloguer si les contenus de son blog ne sont pas visités. Ce qui encourage un blogueur, c’est les commentaires laissés par les visiteurs et la visite de son blog. Mais déjà au Tchad où nous évoquions les problèmes liés à l’électricité et à la connexion internet, il y a peu d’internautes. Certes un blog même s’il est destiné à l’actualité d’un pays donné, reste accessible à tous les citoyens du monde, mais un contenu produit pour un pays donné ne pourrait intéresser tout le monde, sauf les concernés. Bloguer au Tchad ressemble dans une certaine mesure, à s’adresser aux sourds.

La quatrième et la dernière difficulté reste la peur. Blogueur signifie au Tchad celui qui critique, qui s’attaque au pouvoir et qu’on peut poursuivre, emprisonner,etc. Face à cette peur, l’on se retient souvent de traiter de tous les sujets.

Quand j’ai dit à mes parents que je vais bloguer sur la plateforme Mondoblog de RFI, ils ne sont pas passés par mille chemins pour me faire savoir leur opposition à cette opportunité que j’attendais depuis fort longtemps! « Nous, on ne veut pas des problèmes Emmanuel et je ne veux pas que tu te retrouve emprisonner à cause de tes écrits, faits- attention à toi » me rétorque mon père.

Mais faut-il rester passif face à tous ces défis auxquels doivent faire face tout blogueur tchadien ? Doit-on se taire lorsqu’on vit dans ces conditions lamentables ? Doit-on être silencieux face à la pauvreté criarde et aux problèmes quotidiens que rencontrent les Tchadiens ? Mondoblog pour moi est une chance, une opportunité unique afin d’exprimer mes points de vue en me basant sur la charte et les bonnes pratiques d’un Mondoblogueur.

Vive le Tchad ! vive Mondoblog ! vive le Blogging !