Tchad : L’État fait trop de publicité dans le développement

Article : Tchad : L’État fait trop de  publicité dans le développement
24 avril 2015

Tchad : L’État fait trop de publicité dans le développement

Le gouvernement du Tchad s’est engagé depuis 2008 dans des grands chantiers visant à transformer l’image du pays. Il faut rappeler qu’avant 2008, le pays était préoccupé à résoudre les conflits internes. De nos jours, on peut observer un changement partout dans la capitale et à l’intérieur du pays même s’il n’y a aucune transparence et moins d’impact réel sur les populations.  Toute pose de pierre est suivie d’un discours politique. A chaque ouvrage construit, on cite le nom du président de la République pour lui dire grandement merci. L’image du président de la République et de la Première Dame est affichée partout en ville ou en campagne sur les pancartes des réalisations et projets en cours. On veut toujours montrer à la face du monde qu’on a réalisé telle chose. Je voudrais mener ici une petite réflexion sur ce que j’appelle la « publicité du développement »

Quand on revient de très loin, quand on court pour rattraper les autres (les pays développés ou émergents), il ne faut pas faire trop de discours pour montrer à la face du monde qu’on existe. Les projets de l’État doivent être ceux du peuple. Et si c’est le cas, la communication du gouvernement sur les réalisations doit respecter la conscience du peuple.

Ce que je constate aujourd’hui dans la capitale et dans les campagnes, c’est qu’il existe trop des pancartes des projets. La visibilité joue un rôle publicitaire. Sur les panneaux, apparaissent les noms des différents bailleurs quand il s’agit d’un projet financé par les Organisations Non Gouvernementales (ONG). Le gouvernement fait pareil. Cela peut s’avérer positif quand on justifie la source du financement et le budget de l’ouvrage à réaliser. C’est dans cette mesure un outil de transparence. Le côté qui me fâche, c’est qu’il y a un abus de publicité des promoteurs des projets. A voir de loin, on croirait que la misère a fui ces milieux. Sur ces panneaux, il  est inscrit des grands projets. Ils sont pour certains fictifs car la réalisation n’a jamais vu le jour alors que la date de fin d’exécution est dépassée de loin.

L’État paye souvent cher pour faire passer sur les chaînes internationales des pages publicitaires sur les réalisations dans le pays. Je me demande à quelles fins toute cette publicité dont le coût peut procurer de l’eau potable aux nombreux paysans qui en manquent. On voit partout sur les réalisations et maquettes des projets une grande image du président de la république. Finalement à qui appartient l’argent de l’État ? Au président ou à la Nation ?

Les membres du gouvernement font comme des griots. Pour un petit ouvrage à réaliser dans un village par exemple, on chantera le nom du chef de l’État. Déby offre tout mais la question que je me pose, est de savoir si c’est  un homme d’affaires qui a ses propres richesses. Certainement non. C’est une confusion totale entre ressources de l’État et biens privés. Le peuple a besoin de l’eau, de la nourriture. Il est du devoir de l’État d’assurer le bien-être de sa population. Remercier un président parce qu’il a construit un château avec l’argent du pétrole est injuste. C’est à mon avis un acte dictatorial. Cela démontre à suffisance l’inégale répartition des projets sur l’étendue du territoire.

Je conclus cette petite réflexion en disant que le peuple doit bien vivre. Les autorités feraient mieux de laisser le peuple les juger et apprécier le changement. Quand tout va bien on n’a pas besoin de le montrer par des images, des communications publicitaires. Le peuple veut le changement, peu importe sa provenance. La publicité de l’État autour du développement est une faiblesse démocratique. L’État doit réaliser tout projet au nom du peuple et non au nom d’un seul homme. “La publicité du développement tue le développement”

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Commentaires

Monfort
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Voilà qui est vrai et bien dit... c'est la triste réalité vécue par les tchadiens