Ma capitale: vitrine ou latrine?

Faire de Ndjamena la vitrine de l’Afrique centrale est l’ambition du gouvernement qui investit dans les infrastructures depuis quelques années déjà. Ces investissements n’ont pas vraiment transformé l’image de la capitale en comparaison à d’autres capitales des pays africains. Seul le cœur de la capitale a subi quelques changements significatifs. Ce qui fait dire aux étrangers de passage, que le Tchad bouge vraiment. Je voudrais vous présenter ici l’mage de cette capitale qui ne se transforme pas aussi comme on l’entend. C’est une image cachée, celle que les médias ne montrent pas. Tout juste derrière ou à côté des grands chantiers, on peut observer une insalubrité et une misère caractérisée par des habitats précaires. Au moment où le pays se grouille pour accueillir le sommet de l’Union Africaine (UA) en 2015, beaucoup reste à faire.

J’ai choisi de faire un zoom sur le neuvième arrondissement. Situé à moins de cinq kilomètres du centre-ville et séparé du palais présidentiel et de la future cité de l’Union Africaine en chantier par le fleuve Chari. Il est aussi frontalier de la ville camerounaise Kousseri.

Un habitat précaire

La plupart des maisons sont construites en potopoto (terre battue). On peut se croire dans un village. Il n’existe pas de réseau de distribution d’eau potable. Les populations se débrouillent avec leurs propres moyens pour faire des forages. L’électrification entamée grâce à un projet financé par la CEMAC ( Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) , n’a pas couvert tous les ménages. Le peu de maisons branchées, ne jouissent pas de ce courant. Tous les jours, il y a délestage. Les caractéristiques de cet arrondissement sont celles des autres arrondissements. Nous ne sommes pas en banlieue ni dans un bidonville. Si c’est le cas, on dira que Ndjamena est un bidonville. Le problème de l’habitat se pose partout. En plein cœur de la capitale, on rencontre ces maisons en potopoto partout. L’Etat a imposé aux habitations proches des voies bitumées de construire en dur. Les populations frappées par la misère font tout de même l’effort de construire un mur en dur, ce qui cache ces maisons anciennes et en terres battues. Au lieu de subventionner les matériaux de construction, le gouvernement fait sa dictature sur le bas peuple dépourvu des moyens. Aucune politique fiable des logements sociaux. Tous les projets initiés dans ce sens échouent. Les modèles des maisons construites sont inadéquates. Elles ne répondent pas aux réalités tchadiennes. C’est du copier-coller sur l’occident. Les rues sont mal tracées. Ici, les rues finissent parfois dans des concessions. Le cadastre ne fait pas son boulot dans le respect des règles d’art, la corruption gangrène ce secteur. Il suffit d’avoir des moyens pour dévier la route. L’Etat ne contrôle pas ses terres. Pour acheter un terrain, il suffit de voir les chefs traditionnels qui sont ici les maîtres de la terre. Comment dans un pays, pire encore une capitale, l’Etat n’a pas l’emprise sur le foncier? Un seul individu peut avoir plus de dix terrains pour celui qui n’a pas assez des moyens et au delà pour les nantis. Multiplier les terrains et ne pas bien les construire, c’est l’image de cette capitale qui dispose des terrains vierges un peu partout encore. Mais le grand défi à relever ne serait il pas celui des inondations?

Problèmes d’inondation

 

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

Nous sommes en octobre, mois d’inondation ici. Les populations vivent la peur au ventre. Les inondations sont dues par l’augmentation du niveau des eaux des fleuves Logone et Chari qui prennent leurs sources au Cameroun et en RCA. Les eaux des pluies ne sont pas souvent à l’origine de ce phénomène. Toutefois, certains quartiers sont exposés aux intempéries des pluies qui inondent les rues et font souvent tomber les maisons. Il n’y a pas un système de canalisation des eaux dans ces quartiers. Les caniveaux construits ne permettent pas d’évacuer efficacement les eaux.

Tout débordement des eaux pourrait causer le départ des populations du neuvième arrondissement. En effet, victime plusieurs fois du phénomène d’inondation, l’arrondissement a bénéficié de la construction d’une digue. Un chantier qui fait controverse car la somme engloutie fait peur. D’après plusieurs rumeurs (au Tchad, les rumeurs se confirment toujours ), il a coûté 4 milliards de FCFA. Une somme jetée par la fenêtre au vu des réalisations.

Défécation à l’ère libre et de manière sauvage

A Ndjamena de manière générale, il n’est pas rare de voir les individus déféquer partout. Les urines, n’en parlons même pas. Là où il est inscrit: « Il est strictement interdit d’uriner », on constate que sans peur, tout le monde se dirige pour uriner. C’est plutôt une invitation à venir uriner. Dans mon arrondissement, la plupart des maisons ne disposent pas des latrines. Les gens font les selles n’importe où et souvent proche des habitations. En pleine journée, sans honte, les hommes et femmes de tout âge se disputent ces espaces ouverts. Au vu et au su des autorités et souvent proche des administrations publiques, on continue à déféquer n’importe où. Notre environnement est donc pollué et nous ne sommes pas soucieux de notre santé.

Manque de politique de gestion des ordures ménagères et des eaux usées

Assainir son arrondissement devrait être la mission assignée à chaque maire de la commune d’arrondissement. Malheureusement, nous constatons que les préoccupations de nos élus locaux sont ailleurs. Nos rues sont l’émanation même de la salubrité. Les ordures ménagères sont déversées partout. On ne se souci guère de la protection de notre environnement. Un petit tour dans nos rues et vous verrez de vos propres yeux! Les eaux usées sont versées sur la rue et n’importe comment. La rue ici c’est un dépotoir. Les eaux des toilettes, les urines et tout liquide traîne sur nos chaussées. Ce qui est inquiétant, les enfants passent tout leur temps à jouer dans ces saletés sous le regard silencieux de leurs parents. Le phénomène est normal. La saleté ne tue pas un africain nous dira t-on. Pourtant, le paludisme dû à ce problème d’assainissement reste la première cause de mortalité au Tchad.

Divagation des animaux domestiques

Les chiens, chèvres, moutons, cochons, divaguent partout dans mon arrondissement. Cela confirme que ce dernier est encore en retard. Les fonctionnaires sont souvent obligés de faire le petit élevage pour satisfaire leur consommation en viande. L’élevage en ville devrait être réglementé. Au Tchad c’est la société qui réglemente tout à sa guise. Aucun texte ne s’applique. La divagation des animaux domestiques au-delà de l’image négative de notre ville qu’elle montre, pose certains problèmes d’accidents et des maladies. Tant qu’on ne fait rien pour lutter contre ce fléau, notre capitale se présentera aux yeux de nos visiteurs comme un gros village.

Des quartiers homogènes

Les gens vivent ici par communauté. Dans un quartier donné, on trouve uniquement ou majoritairement les ressortissants d’un même village. Des gens qui parlent le même patois. La ville ici, ressemble à un village. Les mêmes mentalités se reproduisent et par là le brassage culturel est inexistant. On se méfie de l’autre. Ndjamena est une ville scindée en quartiers ou arrondissements homogènes. Il existe le quartier des musulmans du nord et les quartiers des sudistes majoritairement chrétiens. Je me demande alors comment peut-on prôner durablement la paix quand on vit en méfiance ? La capitale est l’endroit où tout le monde devrait se confondre. On devrait affirmer une seule identité culturelle dans notre diversité qui est une grande richesse à exploiter.

N’Djaména  n’est pas encore la vitrine de l’Afrique centrale. Il n’est pas aussi impossible qu’elle le devienne. Mais pour que ce rêve devienne réalité un jour, beaucoup des investissements restent à faire. Il faudra encore beaucoup investir dans les infrastructures (bâtiments, routes, etc.) et dans la formation et l’éducation des citoyens. Sans cela, l’émergence en 2025 est une utopie.

2 commentaires

  1. c’est bien dommage car les tchadiens et surtout les dirigeants aiment trop le folklore, ils adorent entendre que le Tchad est un pays émergeant, qu’il est le « hub des TIC » (sans électricité). Les pays les plus avancés ne crient pas sur les médias et ne font pas également leur publicité parce que le monde entier constate et confirme alorsqu’au Tchad, on crie parce qu’un édifice a été construit, parce qu’une route a été goudronnée, parce qu’un forum vide de sens serait organisé…J’ai pitié de ma chère patrie et prie pour que les choses changent pour le bien-être de tous les tchadiens et non privilégier une minorité. Soyons courageux et Dieu(Allah) nous viendra en aide…

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