Le vélo dans le désert de Ngouri : une activité ludique et rémunérée

Crédit Photo: EMMANUEL Djounoumbi

Crédit Photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

J’étais très surpris à mon arrivée à Ngouri. Le vélo faisait son entrée comme nouveauté dans ce désert proche du lac Tchad. Faire du vélo sur cette vaste étendue sablonneuse en plein Sahel relève du miracle à vue d’œil, pour un nouvel arrivant dans la localité. Entre le sable mouvant et la tempête du vent, entre les ânes et les dromadaires qui occupent toutes les rues, ces jeunes passionnés de vélo ne ratent aucun instant pour se retrouver et vivre leur passion : le vélo. Je vous présente ici le vélo dans le désert de Ngouri sous deux angles principaux : d’abord comme principal loisir des jeunes garçons puis comme activité génératrice des revenus .

Le vélo à Ngouri: passe-temps favori des jeunes

Zone difficile à pratiquer pour les engins à deux roues et autres voitures inadaptées, Ngouri voit paradoxalement le nombre de vélos augmenter dans le centre urbain et dans les villages environnants. C’est une nouveauté et même une mode. Faire du vélo est pour les jeunes garçons (de 9 à 15 ans) un moment de joie.

A tour de rôle, entourant et escortant celui qui est assis sur le vélo, ils expriment leur passion et me font retrouver la joie de vivre et mon enfance. On peut lire sur le visage de ces garçons un bonheur immense. Dans cette zone où les loisirs manquent, faire des tours à vélo est le passe-temps favori. En les regardant, je me sens plongé dans une vaste confusion. Loin des tours habituels à vélo présentés par les médias (Tour du Faso, Tour de France), ces gamins n’ont qu’un seul but, retrouver leur passion et partager leur bonheur autour du vélo.

Crédit photo: EMMANUEL Djounoumbi

Crédit photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

Après les classes, je constate que les jeunes garçons et jeunes filles partent à l’école coranique. Ils rentrent le soir et s’adonnent à certaines activités domestiques. C’est la routine, une vie sans distraction. L’éducation sportive à l’école est négligée. Le seul moyen qui les distrait aujourd’hui c’est le vélo. J’arrivais souvent à me poser la question de savoir quel était le loisir favori des jeunes de Ngouri  avant la pénétration du vélo. Parce que tout ce qui distrait, fait sourire, fait bouger les jeunes garçons du désert de Ngouri  aujourd’hui, c’est le vélo.
Voir les gamins faire des parades à vélo me distrait. Le terrain de football de Ngouri est devenu un terrain de vélo. Il est fréquent de voir les enfants faire des courses à vélo au lieu d’assister à un match de football.

Crédit photo: Emmanuel DJOUNOUMBI

Le vélo à Ngouri c’est aussi un gagne-pain

La plupart des personnes qui gèrent le service de location des vélos sont des gamins. C’est de l’ « entrepreneuriat infantile » en milieu rural et désertique. Un exemple que suivraient d’autres enfants désœuvrés de l’espace francophone.

La situation scolaire de ces jeunes businessmen est alarmante. Nous sommes dans une zone qui enregistre un faible taux de scolarisation. Ils ont choisi le commerce parce qu’ils ne pouvaient pas aller à l’école à cause de la situation matérielle et financière des parents.

J’ai rencontré, ce mardi 17 février 2015, le jeune Mbodou (12 ans), locateur des vélos au grand stade de Ngouri. C’est le jour du marché hebdomadaire. Mon entretien avec lui m’a permis de savoir suffisamment sur les revenus des locateurs de vélo. Le prix varie selon la distance parcourue me dit-il: « On loue le petit vélo à 25 francs CFA et le grand vélo à 50 francs CFA le tour du stade ». J’ai poussé un peu plus loin pour savoir ce qu’il pouvait gagner par jour. Il me répondit tout souriant: « Aujourd’hui, c’est le jour du marché et beaucoup de jeunes d’autres villages sont présents. Je réalise 2000 FCFA de bénéfice, généralement en ce jour. Mais les jours ordinaires je gagne 250 francs CFA. »

Crédit photo: Emmanuel Djounoumbi

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La plupart des garçons qui s’adonnent à ce loisir sont apprentis. Pour parvenir à la maîtrise du guidon, ils sont prêts à dépenser les revenus tirés des travaux physiques.

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Crédit photo: Emmaniel DJOUNOUMBI

Je vois en cette activité un business qui se développe silencieusement. Les propriétaires des vélos à louer  gagnent paisiblement leur pain quotidien. Il suffit d’acheter un vélo, l’entreprise est déjà créée. Généralement, l’entretien n’est pas coûteux.

Vive le vélo sur le désert de Ngouri! Vive la vélophonie!

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